La rentrée approche.

Et avec elle revient une question qui semble simple mais qui peut rapidement devenir un véritable casse-tête pour les parents :

« Quelle activité va-t-on lui faire faire cette année ? »

Football ?
Danse ?
Judo ?
Natation ?
Musique ?
Théâtre ?
Dessin ?
Escalade ?
Une activité artistique ?
Une activité collective ?

La liste est longue.

Et derrière cette question se cache parfois une autre :

« Quelle activité serait la meilleure pour mon enfant ? »

Mais une question me semble encore plus importante :

« Qu’est-ce que mon enfant, lui, a envie de découvrir ? »

Quand l’activité de l’enfant devient le projet du parent

Dans mon parcours, j’ai régulièrement entendu des professionnels de l’enfance et des enseignants raconter des situations assez parlantes.

Des enfants arrivent en début de saison avec les larmes aux yeux.

Ils ne veulent pas faire cette activité.

Ils voudraient faire autre chose.

Et pourtant, certains parents expliquent :

« J’aurais tellement aimé faire ça quand j’étais enfant. »

Ou :

« Tu verras, tu vas adorer. »

Ou encore :

« Tu dois essayer, tu ne peux pas savoir avant. »

Et, sur le fond, le parent n’a pas nécessairement tort.

Il souhaite probablement transmettre quelque chose.

Il veut donner une chance à son enfant.

Il souhaite parfois lui offrir ce qu’il n’a pas eu.

Mais il existe une frontière parfois très fine entre transmettre une opportunité et projeter son propre désir sur son enfant.

Et cette frontière mérite qu’on s’y arrête.

Une activité extrascolaire n’est pas qu’un emploi du temps

Une activité peut apporter énormément à un enfant.

Elle peut lui permettre de :

  • développer de nouvelles compétences ;
  • rencontrer d’autres enfants ;
  • expérimenter l’effort ;
  • apprendre à persévérer ;
  • découvrir son corps ;
  • développer sa créativité ;
  • apprendre à perdre et à gagner ;
  • prendre confiance ;
  • trouver sa place dans un groupe ;
  • découvrir qu’il est capable de faire quelque chose qu’il ne pensait pas savoir faire.

Les activités sportives et culturelles peuvent donc être de véritables espaces d’apprentissage.

Mais elles peuvent aussi devenir l’inverse lorsqu’elles sont vécues comme une obligation permanente.

La Convention internationale des droits de l’enfant reconnaît d’ailleurs à l’enfant un droit au repos, aux loisirs, au jeu et à la participation libre à la vie culturelle et artistique.

Cela ne signifie évidemment pas que l’enfant décide seul de tout.

Cela signifie que son intérêt, son âge, sa maturité et sa parole doivent avoir une place dans la décision.

Choisir avec son enfant plutôt que pour son enfant

C’est probablement là que se situe la différence.

Le parent reste le parent.

Il connaît certaines contraintes que l’enfant ne perçoit pas :

  • le budget ;
  • les horaires ;
  • les déplacements ;
  • la disponibilité familiale ;
  • la sécurité ;
  • la fatigue ;
  • l’organisation professionnelle ;
  • la compatibilité avec l’école.

L’enfant n’a donc pas nécessairement à choisir seul.

Mais il peut participer réellement au choix.

On peut par exemple lui dire :

« Voici les activités qui sont possibles pour nous. Parmi celles-ci, lesquelles t’attirent ? »

Puis :

« Qu’est-ce qui te donne envie dans celle-ci ? »

Et éventuellement :

« Est-ce que tu veux essayer avant de décider ? »

Ce changement paraît minime.

Pourtant, il transforme la position de l’enfant.

Il ne subit plus une décision.

Il devient acteur d’une décision accompagnée.

Laisser choisir ne signifie pas laisser faire

C’est un point essentiel.

L’autonomie ne consiste pas à dire :

« Fais ce que tu veux. »

L’autonomie se construit dans un cadre.

Un enfant peut avoir envie de faire quatre activités alors que la famille ne peut raisonnablement en financer ou en organiser qu’une ou deux.

Le rôle du parent est alors de poser le cadre :

« Je comprends que tu aimerais faire ces quatre activités. De notre côté, nous pouvons en choisir deux. Regardons ensemble lesquelles. »

C’est très différent de :

« Tu feras celle que j’ai choisie parce que je sais ce qui est bon pour toi. »

Dans le premier cas, le parent structure et l’enfant participe.

Dans le second, le parent décide et l’enfant exécute.

Et si mon enfant change d’avis ?

Voilà probablement l’une des grandes inquiétudes des parents.

« Et s’il abandonne au bout de trois séances ? »

« Il faut bien lui apprendre à persévérer ! »

Oui.

Mais persévérer ne signifie pas nécessairement continuer indéfiniment quelque chose qui ne nous convient pas.

Il peut être intéressant de distinguer :

« Je n’aime pas parce que c’est difficile »

de :

« Je n’aime vraiment pas cette activité. »

Ce ne sont pas les mêmes situations.

Un enfant peut avoir envie d’arrêter parce qu’il vient de rencontrer une difficulté.

Dans ce cas, on peut l’aider à traverser cette difficulté.

Mais il peut également découvrir que cette activité ne correspond simplement pas à ce qu’il aime.

Et cette découverte est elle aussi un apprentissage.

Faire une erreur de choix peut être utile

Nous cherchons parfois tellement à éviter à nos enfants les mauvaises expériences que nous oublions une chose :

les erreurs participent à la construction.

Choisir une activité qui ne plaît finalement pas n’est pas forcément un échec.

L’enfant peut apprendre :

« Je pensais aimer ça. En réalité, ce n’est pas pour moi. »

C’est une information.

Il vient d’apprendre quelque chose sur lui-même.

Et cette capacité à expérimenter, à constater, à ajuster puis à recommencer est précisément une compétence qui lui servira bien au-delà des activités extrascolaires.

L’OCDE souligne d’ailleurs que donner progressivement aux enfants des possibilités d’exploration et de prise de risque adaptées ne signifie pas négliger leur sécurité : cela participe notamment au développement de l’autonomie, de la résilience et des capacités à résoudre des problèmes.

🇫🇮 Que peut-on apprendre des modèles éducatifs nordiques ?

Il faut être prudent avec les fameux « modèles nordiques ».

On entend parfois :

« En Finlande, les enfants choisissent tout. »

C’est faux ou, à tout le moins, beaucoup trop simplificateur.

En revanche, certains principes éducatifs sont intéressants.

La Finlande met notamment en avant l’idée que chaque enfant doit pouvoir se développer et apprendre comme un individu unique, avec des dispositifs pensés en fonction de ses besoins. L’autonomie accordée aux établissements et aux enseignants est également importante dans leur système éducatif.

Ce qui est intéressant pour notre sujet n’est donc pas de copier un pays.

C’est de retenir une philosophie :

un enfant n’est pas simplement un adulte en miniature auquel il faudrait imposer le bon parcours.

Il possède progressivement :

  • des préférences ;
  • des capacités ;
  • des besoins ;
  • des centres d’intérêt ;
  • une personnalité ;
  • une capacité à participer aux décisions qui le concernent.

🇨🇦 Et le Canada ?

Le Canada offre également une approche intéressante sur la question des activités extrascolaires.

Le gouvernement canadien rappelle que le choix du type et du nombre d’activités doit notamment prendre en compte les intérêts de l’enfant, mais également le temps disponible pour l’enfant et les parents ainsi que les ressources financières de la famille.

C’est finalement assez simple.

L’enfant compte.
Le parent compte.
La réalité familiale compte.

Ce n’est pas l’un contre l’autre.

C’est une négociation familiale.

Ce que nous apprend la psychologie de la motivation

Ce sujet ne concerne pas uniquement l’éducation.

Il touche directement à la motivation.

Une revue systématique récente portant sur le rôle des parents dans la motivation des jeunes sportifs souligne notamment l’intérêt d’un accompagnement qui soutient l’autonomie, avec une implication parentale modérée, une relation positive et un climat moins contrôlant.

D’autres travaux montrent également que le plaisir de pratiquer est fortement associé à la persistance dans une activité sportive, tandis que le soutien parental fait partie des facteurs associés au maintien de la pratique.

À l’inverse, la pression parentale est associée dans plusieurs travaux à davantage d’amotivation et à une diminution du plaisir ressenti par les jeunes sportifs.

Cela donne une piste particulièrement intéressante pour les parents :

Votre rôle n’est peut-être pas de trouver l’activité parfaite.

Votre rôle est plutôt de créer les conditions permettant à votre enfant de trouver progressivement ce qui lui correspond.

10 questions à poser à son enfant avant de choisir une activité

Plutôt que :

« Tu veux faire quoi cette année ? »

Question parfois trop large pour un enfant.

Essayez :

  1. Qu’est-ce que tu aimerais essayer ?
  2. Tu préfères être seul ou avec un groupe ?
  3. Tu as envie de bouger ou plutôt de créer ?
  4. Tu préfères apprendre quelque chose ou simplement t’amuser ?
  5. Tu aimerais faire quelque chose que tu connais déjà ou découvrir quelque chose de nouveau ?
  6. Est-ce qu’il y a une activité que tu as vue et qui t’a donné envie ?
  7. Qu’est-ce que tu n’aimerais surtout pas faire ?
  8. Qu’est-ce qui te ferait plaisir dans cette activité ?
  9. Tu préfères une activité où tu progresses seul ou avec une équipe ?
  10. Si tu pouvais essayer quelque chose pendant un mois sans obligation de continuer, qu’est-ce que tu choisirais ?

La dernière question est particulièrement intéressante.

Elle retire temporairement la pression du « choix définitif ».

Et parfois, c’est justement cette pression qui empêche l’enfant d’oser essayer.

Le parent : supporter, pas directeur sportif

J’aime beaucoup cette idée :

Soyez supporter. Pas insupportable.

Votre enfant n’a pas besoin d’un deuxième entraîneur dans la voiture.

Il n’a pas nécessairement besoin d’entendre :

« Tu aurais dû faire ça. »

« Tu aurais pu mieux faire. »

« Moi, à ton âge… »

Après une séance, une question peut parfois suffire :

« Alors, tu en as pensé quoi ? »

Et surtout accepter que la réponse puisse être :

« Bof. »

Ou :

« J’ai adoré ! »

Ou :

« Je ne sais pas encore. »

Votre présence est alors beaucoup plus précieuse que votre analyse.

Et si cette activité était aussi votre propre histoire ?

C’est probablement la question que je proposerais à chaque parent.

Avant de dire :

« Je pense que cette activité serait parfaite pour lui. »

Demandez-vous :

« Est-ce que je pense que cette activité est bonne pour lui… ou est-ce que j’aurais aimé qu’on me la propose quand j’étais enfant ? »

Les deux peuvent évidemment être vrais.

Mais les distinguer permet déjà de prendre un peu de recul.

Parce que votre enfant n’est pas une seconde chance de vivre votre propre enfance.

Il est en train de construire la sienne.

Et si votre enfant choisissait quelque chose que vous n’auriez jamais choisi ?

C’est peut-être là que l’exercice devient réellement intéressant.

Il veut du théâtre alors que vous rêviez de le voir jouer au football.

Elle veut faire du judo alors que vous imaginiez une danseuse.

Il veut apprendre la guitare alors que vous auriez préféré le piano.

Elle veut faire de l’escalade alors que vous trouvez cela dangereux.

Il ne veut faire aucune activité alors que vous pensez qu’il « faut bien qu’il fasse quelque chose ».

Votre rôle peut alors être de rester curieux.

Pas forcément convaincu.

Curieux.

Parce que derrière ce choix se trouve peut-être une facette de votre enfant que vous n’aviez pas encore découverte.

Une petite expérience pour cette rentrée

Cette année, essayez quelque chose de différent.

Avant de choisir l’activité de votre enfant, prenez dix minutes.

Pas pour lui expliquer ce qu’il devrait faire.

Pour lui poser des questions.

Écoutez.

Puis regardez ensemble les possibilités réellement accessibles à votre famille.

Choisissez éventuellement une activité à tester.

Et convenez d’un nouveau rendez-vous quelques semaines plus tard pour faire le point.

Pas :

« Alors, tu continues ? »

Mais :

« Qu’est-ce que tu as découvert sur toi depuis que tu as commencé ? »

La réponse pourrait être beaucoup plus intéressante.

Conclusion : accompagner sans projeter

Choisir une activité extrascolaire peut sembler anodin.

Pourtant, c’est aussi une petite occasion de travailler quelque chose de beaucoup plus important :

l’autonomie.

L’enfant apprend progressivement à :

  • exprimer ses goûts ;
  • faire un choix ;
  • expérimenter ;
  • rencontrer des difficultés ;
  • persévérer ;
  • changer d’avis ;
  • renoncer parfois ;
  • découvrir ses capacités ;
  • et surtout apprendre à mieux se connaître.

Le rôle du parent n’est donc pas de disparaître derrière une prétendue liberté totale.

Il est de poser le cadre, sécuriser, conseiller, écouter et laisser progressivement de la place.

Parce qu’accompagner un enfant vers l’autonomie, ce n’est pas décider à sa place.

C’est lui permettre, petit à petit, d’apprendre à décider pour lui-même.

Et peut-être qu’à la rentrée, la bonne question n’est finalement pas :

« Quelle activité va-t-il faire ? »

Mais :

« Qu’est-ce que cette activité pourrait lui permettre de découvrir sur lui-même ? »

📚 Pour aller plus loin

Pour construire cet article, je m’appuie notamment sur plusieurs ressources qui permettent de dépasser le simple discours de « parentalité bienveillante ».